Il n’y a pas de réunion près de chez moi, pouvez-vous m’aider ?

Chez les Outremangeurs Anonymes, nous avons trouvé une solution qui nous aide à sortir de notre maladie, la compulsion alimentaire. Si votre façon de manger est pour vous une source de souffrance et si vous avez décidé de vous en sortir, nous aimerions partager cette solution avec vous.

La documentation OA : Divers livres et brochures exposent ce qu’est le programme OA et proposent des témoignages de rétablissement. Sur simple demande, nous vous ferons parvenir la liste des ouvrages disponibles et un bon de commande.

Les congrès ou à une convention OA : Consultez régulièrement la rubrique Actualités, des réunions d’une journée ou deux sont organisées. Ces week-ends de rencontre, de partage et aussi de fête sont une bonne opportunité de rencontrer les Outremangeurs Anonymes pour la première fois si vous êtes intéressés ou concernés par le mouvement des O.A.

Les réunions ouvertes des Alcooliques Anonymes : Les Outremangeurs Anonymes sont profondément reconnaissants envers les Alcooliques Anonymes sans qui notre mouvement n’existerait pas. Notre programme de rétablissement est fondé sur celui des A.A., que nous avons adapté à nos besoins. De nombreux outremangeurs se sont rétablis en participant aux réunions ouvertes des A.A., remplaçant le mot alcool par « nourriture » et « alcoolique » par « boulimique, anorexique, mangeur compulsif… ». Vous pouvez trouver la liste des réunions des alcooliques anonymes sur leur sitehttp://www.alcooliques-anonymes.fr/

Ouvrir une réunion dans votre ville, c’est possible : Peut-être d’autres personnes de votre région nous ont-elle déjà contacté avec le désir d’ouvrir un groupe OA. Envoyez-nous un message, nous pourrons ainsi vous mettre en contact avec elles. N’hésitez pas non plus à consulter notre page « Créer une réunion« .


J’avais trop peur de grossir, je me suis fait vomir…

1er octobre 2004

témoignage de Julie

Bonjour. J’ai 24 ans, je suis anorexique-boulimique vomisseuse et je vais bien aujourd’hui. C’est en voulant rédiger ces quelques lignes que je me suis posée la question suivante : « Mais que s’est- il passé pour que j’en arrive là ? »

En effet j’ai grandi dans une famille où tout me semblait tranquille mais où tout de même les repas étaient toujours un peu plus longs et surtout plus copieux qu’ailleurs !!!

Cette constatation pour me dire que mes problèmes avec la nourriture ont certainement un rapport avec cette omniprésence de la bouffe dans mon environnement familial…

De plus, aussi loin que je me souvienne la notion d’apparence m’a toujours fait peur. Petite j’étais ronde et on m’a souvent dit que j’étais rigolote « je suis sûre que si on la pousse elle va rouler ». Puis j’ai grandi et j’ai eu une apparence somme toute normale, du moins je n’avais aucune réflexion désagréable jusqu’au jour où, à 9 ans, ma mère a décidé de m’envoyer chez le coiffeur. C’était la catastrophe ! A l’école j’ai subi les rires et les moqueries de mes camarades. C’est à cet instant précis que j’ai pris conscience que les gens accordaient beaucoup d’importance au paraître. Dès lors je me suis sentie déstabilisée et mal dans ma peau.

L’été suivant, je suis partie en vacances chez ma tante, première fois que je quittais mes parents. J’étais triste, je pleurais le soir en cachette, car fière je voulais montrer que j’étais une grande fille même si au fond j’étais fragile comme un bébé.

Et puis arriva une profonde tragédie pour moi : mon amie, sa petite sœur et sa maman sont décédées dans un accident de la circulation. C’est la première fois que j’ai vu mon père pleurer. J’avais beaucoup de chagrin et j’avais aussi très peur mais je n’en ai jamais parlé.

Puis vint l’adolescence, je n’étais pas très bien dans ma peau mais je faisais beaucoup de sport, j’avais des amis sympas et ça se passait quand même plutôt bien jusqu’au jour où mon club a fermé. Il était impossible pour moi de pratiquer ce sport dans un autre club que le mien, puisque ma famille était très investie bénévolement, « je ne pouvais pas aller chez l’adversaire ». Je me suis sentie mal dans ma peau, j’ai pris un peu de poids et un jour j’ai entendu un « eh la grosse ! » de la part d’un camarade de classe. Il m’a avoué que c’était pour rire mais moi ça ne me faisait pas rire du tout…

Puis c’était la fin des années collège et j’ai pris la décision d’aller au lycée en tant qu’interne, je ne savais pas alors que je commettais une grave erreur. En effet j’ai toujours eu l’impression de communiquer avec ma famille mais l’éloignement m’a permis d’avoir une prise de conscience dramatique. L’année de seconde était très difficile car le niveau était bien plus élevé que le collège où j’étais. J’avais de mauvaises notes et lorsque j’appelais chez moi les sujets de conversations tournaient essentiellement sur mes résultats scolaires (comme mes notes étaient nulles ça ne m’enchantait pas) et sur la qualité de la nourriture à la cantine…J’étais de plus entourée d’amies très proches de leurs parents (sans doute à mon grand malheur). Je prenais conscience que ma famille était différente, j’ai d’ailleurs aujourd’hui la réponse à mes questions puisque j’ai eu connaissance d’un lourd « secret de famille ». Je me rendais également compte que je n’avais jamais réellement eu de preuves d’amour de la part de mes parents et les gestes d’amour et d’affection étaient peu présents. Quand j’y repense avec du recul je trouve ça bête mais à l’époque j’étais en pleine crise existentielle et dans le tourbillon de l’adolescence ? De plus je me sentais mal dans ma peau car je ne faisais toujours pas de sport, j’avais pris du poids et puis toujours pas de petit ami, je me trouvais moche.

J’ai commencé à repenser à un tas de choses, comme le fait que chez moi on ne parle pas de ses sentiments (la mort de mon amie). Je me suis souvenue des moqueries de mes camarades. Ma grande sœur était aussi à l’internat mais pour elle j’étais un boulet. Il faut dire qu’on ne sait jamais très bien entendues. Elle m’a avoué qu’elle me jalousait car pour elle j’étais la petite chouchou des parents. J’avais aussi beaucoup de ressentiment vis à vis d’elle. Un an auparavant ma grand-mère m’a révélé un secret intime sur ma mère. Quand je l’ai su ça m’a fait beaucoup de chagrin ? Je l’ai dit à ma sœur et ce qu’elle a répondu m’a beaucoup blessée. Un plus tard je me suis retrouvée avec un mal être profond.

Au printemps ma copine d’internat et moi nous sommes lancées un défi. Nous avons décidé de faire un régime, pour ma copine ça a duré 2 jours et moi je suis tombée dans l’enfer de l’anorexie…

Je me suis isolée et j’ai rompu tous les liens avec mes amis et mes proches. Je ne répondais plus au téléphone, je n’appelais plus, n’écrivais plus, je restais dans ma chambre. Plus je maigrissais et plus j’étais fière, c’était pour moi exaltant d’avoir un tel contrôle sur mon corps, sur mon poids… Je faisais beaucoup de sport jusqu’à tomber par terre mais ce n’était pas grave de toute façon je devais aller jusqu’au bout de mes limites même plus si possible. A cet instant j’étais loin d’imaginer que ce que je faisais était dangereux, de toute façon c’est simple je m’en fichais.

Mes parents ne se sont pas rendu compte immédiatement de ce qu’il m’arrivait. Il faut dire que j’étais très douée pour les mensonges. Ils voyaient que je mangeais (en fait c’était le chien qui se régalait pendant les repas) et puis je faisais du sport, donc tout allait bien… Mais ça n’a pas duré car j’étais très mal et ça je ne pouvais pas le cacher très longtemps. Je ne leur disais plus rien, j’avais des idées noires qui me traversaient l’esprit, j’avais envie de disparaître. Les vacances d’été étaient arrivées, j’étais à la maison. À table je ne faisais plus d’efforts pour cacher, j’assistais aux repas mais je ne mangeais rien. Le climat s’est vite dégradé et mes parents ne savaient que crier pour me forcer à manger. C’était pire que tout…je me sentais encore plus seule, incomprise, j’avais mal. Tout ce que je souhaitais c’est que mes parents me serrent dans leurs bras et qu’ils me disent qu’ils m’aimaient… en vain, mon appel à l’aide ne s’entendait pas, ne se voyait pas. L’été est passé puis la rentrée, l’internat…mon père a été licencié et le climat familial s’est un peu plus dégradé.

Mais ma sœur avec qui je ne m’entendais plus m’a avoué qu’elle était très inquiète pour moi. Elle a décidé de m’aider et a bien « voulu sortir sa petite sœur » un samedi soir. De ça je lui suis très reconnaissante.

Ce soir là j’ai rencontré un garçon qui est devenu mon petit ami. Il était très gentil et très attentionné, même si tout n’était pas rose je me sentais revivre. J’avais encore du mal avec l’idée de manger mais j’étais prête à faire des efforts (ce que j’ai fait.)

Malheureusement pour moi à cette même période la surveillante de la cantine a repéré mon petit manège. Devant mon entêtement à ne rien avaler, elle a menacé « d’alerter la responsable de l’internat et mes parents ». Elle m’a surtout forcé à manger. J’avalais cette nourriture qui me faisait horreur tout en pleurant, puis ne pouvant pas garder cette nourriture je suis allée aux toilettes et j’ai vomi, je n’ai pas l’impression d’avoir eu besoin de me forcer.

Puis la relation avec mon ami s’est dégradée et on s’est quitté, malgré tout je l’aimais encore. Je me souviendrais toujours de ce jour où j’ai fait ma première crise de boulimie. C’était juste après la rupture, je me suis jetée sur la nourriture comme une « enragée », mais cette bouffe je ne pouvais pas la garder en moi, j’avais trop peur de grossir, je me suis fait vomir et c’est bien à cet instant que la boulimie et les vomissements sont entrés dans ma vie. Comme quoi ! J’ai pu dire ce que je ressentais aux gens que j’aime sans colère ni ressentiment, ce qui était nouveau pour moi…

Bien sûr ce n’est pas évident tous les jours, il y a des hauts et des bas, j’ai vécu des moments difficiles mais grâce au soutien de mes amis OA j’ai pu les vivre autrement qu’avec la nourriture. Pour cela je ne remercierais jamais assez les OA . MERCI DE TOUT CŒUR !

PS : une dernière chose : si ça a marché pour moi il n’y a pas de raison que ça ne marche pas pour vous, si vous le voulez vraiment !


J’ai passé 35 ans à faire du yoyo…

1er octobre 2004

 

 

Bonjour, je m’appelle Liliane et je suis boulimique. Lorsque je suis arrivée en OA, je venais résoudre mon problème de poids. J’ai passé en effet 35 ans à faire du yoyo et traîner un surpoids en perpétuelle augmentation.

J’ai donc écouté témoignages et partages, lu la littérature OA. Certes, j’étais mieux en réunion, mais, rentrée chez moi, confrontée à cette nourriture que je ne gérais pas, je ne comprenais ni mon fonctionnement ni la façon d’aller bien. Cependant, j’ai vite entrevu que, plutôt qu’un problème de poids, j’avais un problème de comportement alimentaire.

COMMENT changer ? QUE changer ?

Certes, je savais bien, ayant suivi 36 régimes des plus variés : dissocié, hyperprotéiné, hypocalorique, de hautes calories ou calories vides ( ?) sans oublier « œuf dur – pamplemousse » (qui substitue une crise de foie au surpoids) ananas, diète, et autres…comment répartir les aliments et combien de calories représentaient 100g de viande ou 3 prunes, mais cela ne m’empêchait nullement, me faisant houspiller au travail, ayant une grande joie ou une déception, de courir à tout moment au frigo ou au placard pour me consoler, « m’anesthésier » de mes émotions, en quelque sorte.

Donc, ayant admis mon impuissance devant la nourriture, je devais aller plus loin. Je découvris au fil des réunions que le mal en moi était plus profond et qu’en fait j’étais malade de mes émotions, ce qui entraînait un disfonctionnement dans tous les domaines de ma vie.

J’ai encore résisté, voulant contrôler à tout prix mes peurs, mes joies, ma vie…alors même qu’elle était devenue des plus insensées.

Et puis un jour, sortant d’une réunion j’ai dit « ça y est, j’ai compris ce qu’était lâcher prise ». Il m’a semblé que cela m’était brusquement révélé (mais, bien sûr je travaillais le programme depuis longtemps déjà). Et j’ai lâché prise à partir de ce jour là : la nourriture compulsive est complètement sortie de ma vie dès lors. Je m’applique à être dans mes 24h pour mes projets, à ne pas me préoccuper pour l’avenir, à m’aimer un peu plus chaque jour et faire des choses pour moi ( vêtements, sport, repos ou cadeau).

« ET LA NOURRITURE ? » direz-vous. Et bien, la nourriture, je la gère quand elle arrive sur la table. Si je suis invitée, je mange ce qu’on me présente, en évitant de me resservir mais sans « passer » un plat et sans compter les calories. Lorsque mon couvert est posé, le repas est fini et je n’y pense plus jusqu’au prochain. Quel repos ! Quel temps aussi pour me promener ou travailler… et puis je suis revalorisée à mes propres yeux (plus besoin de mentir ou me cacher). Certes, invitée je mange encore trop parfois mais, un jour à la fois, je redécouvre le goût des aliments (deviendrais-je gourmet ?) et aussi les sensations de faim et de satiété qui m’étaient étrangères.

« ET CHEZ TOI ? » Chez moi, j’ai mis en place une stratégie pour me protéger car je reste fragile émotionnellement. Donc, le lundi matin, juste après mon petit déjeuner (j’ai l’estomac plein , je ne vais pas saliver devant des aliments inutiles ou nocifs pour moi) j’établis mon menu de la semaine, la liste de courses qui en découle et vais faire ces achats. POINT FINAL.

J’ai mes provisions pour ma semaine, donc je ne vais pas rajouter 100g de pain ici, 3 figues là, un caramel ailleurs. Je n’ai plus à y penser, et cela sort de ma tête. Depuis que je fonctionne ainsi, je n’ai plus de réserve démentielle ni d’aliments à risques ( pour moi le sucre principalement). Et j’ai donc trouvé mon abstinence pour moi, c’est éviter toute bouchée compulsive c’est à dire ne manger qu’au repas et lorsque j’ai faim.

« ET TES EMOTIONS ? » Celles-là, elles font partie de la vie, elles seront toujours dans ma vie. J’y fais face en téléphonant aux amis, en lisant la littérature OA, en étant très assidue aux réunions, en faisant un peu de service . Et puis je pleure, je ris ( au lieu de manger) je savoure aussi mieux chaque petit bonheur qui m’est accordé.

MON ABSTINENCE m’a apporté la paix avec moi-même, un peu plus d’estime, et tout un nuancier de sensations nouvelles : gustatives, olfactives et spirituelles. Je sais que la perte de poids ( déjà commencée) viendra à son tour comme un cadeau. Mais ma préoccupation essentielle aujourd’hui n’est plus mon poids mais mon abstinence, à laquelle je travaille, un jour à la fois.


Des amis m’ont dit : « Ouvre un groupe dans ta ville. »

1er octobre 2004

témoignage de Sandrine

Bonjour, je suis aujourd’hui boulimique, avant j’étais droguée de la bouffe.

J’en avais marre d’avoir toujours mal à la tête et envie de vomir après m’être empiffré durant des heures… je ne pouvais plus rien faire à la maison… je criais toute la journée après les enfants, je voulais tout quitter, ma famille que j’avais construit avec mon mari, ma maison, pour aller où ? J’ai rencontré une amie OA qui parlait des problèmes de bouffe et d’un groupe…qu’avant de connaître OA elle est allée voir les alcooliques anonymes (AA) non sans difficultés…moi dans ma tête c’était décidé, il fallait que je m’en sorte. Je me suis renseigné pour connaître les groupes avec réunion ouverte et je suis allée seule (sachant que cette amie serait là avec d’autres) mais je suis entrée seule dans cette réunion, bien décidée et bien accueillie. Dès que la réunion a commencé, il suffisait dans les partages de remplacer le mot alcool par nourriture et je me reconnaissais en chacun des malades qui parlaient…oui malade, car je suis malade.

Je suis donc allée de novembre à février une fois par mois chez les AA, puis en février je me suis rendue à la Convention OA Ouest à Saint-Brieuc ( réunion se déroulant sur un week-end. ) Je me suis retrouvée dans cette fraternité que forme les OA.

Des amis m’ont dit :

 » -Voilà une amie qui veut bien ouvrir un groupe avec toi dans ta ville, vous êtes deux. Alors, ouvres un groupe dans ta ville.
– Oui mais comment faire ?
– Trouves une salle pas chère.
– Oui mais après ?
– On viendra t’aider ! « 

Je savais que je n’avais pas beaucoup de temps à consacrer pour ouvrir ce groupe mais je me suis dis « pour bouffer j’ai toujours le temps alors tu veux t’en sortir ou pas ? ! » Je ne me suis plus posé de questions. Je suis rentrée de cette convention (extraordinaire) et je me suis occupée à trouver une salle. Après avoir visité plusieurs locaux, j’ai pris le moins cher (15 F la séance) dans un endroit accessible par le bus. Petite annonce dans le journal local pour annoncer l’ouverture d’un groupe OA pour toutes les personnes souffrant de boulimie et d’anorexie. Enfin le grand jour 17 février 1999 – 20 h 30 ouverture, nos amis sont au rendez-vous, ceux qui m’ont dit « ouvre le groupe ! » .Ils viennent de faire 1 heure de route, ils referont 1 heure de route pour le retour… Une amie OA modère, moi c’était ma première réunion (hors convention) nous étions… Je ne me souviens plus mais je me souviens d’une amie qui venait pour la première fois et avec qui nous avons fais un long chemin par la suite… Cela a été une réunion super, les suivantes aussi, beaucoup de demandes d’aide, de personnes de passage, de souffrances, de rires, de partages.

Au bout de 3 mois nous avons fêté le groupe qui va bien avec des fleurs et des bougies… Nos amis qui venaient nous aider étaient toujours fidèles malgré la route, des amies AA aussi sont venues plusieurs fois nous parrainer. Moi j’allais mieux, le groupe allait bien. Une amie était déjà abstinente grâce à ce simple programme. Moi je me suis rendue compte que mes crises de boulimie étaient de moins en moins fortes et de plus en plus espacées. En juin je me suis aperçue que je n’en faisais plus…A une réunion nous étions  » deux anciennes  » et six nouveaux, j’ai paniqué, je modérais mais je me suis dis  » tu peux y arriver ». C’est ce qui s’est passé, la réunion s’est très bien déroulée, j’ai réussi à faire passer le message, heureusement !

L’été arrivait, je savais que je serais absente de début juillet à fin août, il fallait que le groupe reste ouvert. Bien sur beaucoup de bonnes volontés mais pour prendre des responsabilités ce n’était pas facile, surtout pour prendre la clef, ouvrir la salle (que j’ouvrais tous les mercredis) s’occuper de la comptabilité… Je commençais à me prendre la tête et puis je me suis dis : Je ne suis pas chez les OA pour m’en faire alors laisse faire les choses, demande de l’aide et puis si la salle ne peut pas être ouverte tant pis.

Eh ! Bien la salle a été ouverte tout l’été, non il n’y a pas eu de personnes à venir mais l’essentiel c’est que le jour où je suis revenue fin août, la porte était ouverte et ce n’était pas moi qui l’avais fait et la réunion a eu lieu. Le mois de septembre a été difficile, peu de monde, celles qui étaient venues au printemps ne sont pas revenues, pourquoi ? C’est leur problème.

Moi j’allais bien, j’étais heureuse de me retrouver dans le local qui était un petit chez moi, j’étais abstinente, il fallait pour mon rétablissement que le groupe marche. Petit à petit des personnes sont revenues mais c’était surtout des amis de passage. Nos amis qui faisaient la route venaient de moins en moins, il fallait que l’on se débrouille, normal l’amie qui avait ouvert le groupe avec moi était trop mal, elle ne venait pas régulièrement, elle n’arrivait pas pourquoi ? Cela lui appartient… L’autre amie qui a été la première abstinente dans le groupe ne revenait plus pourquoi ? Cela lui appartient… Moi je voulais que ça marche, mais j’étais fragile, je doutais, mais une chose que je savais c’est que j’étais abstinente, je gagnais chaque jour l’abstinence et pour cela j’étais heureuse. Je me disais tiens le coup jusqu’à la prochaine convention de Saint-Brieuc en février 2000. Ton groupe est jeune. Une amie était aussi abstinente depuis 1 mois, d’autres arrivaient et quelques- unes commençaient à rester, il y en à encore qui à ce jour sont toujours dans le groupe et abstinente… janvier est passé, difficile, puis février …

Convention de Saint- Brieuc, très bon partage, constitution du Territoire Ouest. Cela m’a donné beaucoup de courage cette fraternité qu’est OA. On me présente une amie qui a quelques années d’abstinence et surtout du programme, elle a beaucoup d’humilité, elle me dit : « je viens habiter la ville où tu vis »… Quel cadeau !Le groupe a fêté ses 1 an …bougie …fleurs, très belle fête, très belle réunion, nos premiers amis sont toujours là, 1 heure de route pour venir, 1 heure pour le retour. Des amis sont restés de plus en plus, le groupe est soudé, il va bien, moi j’ai fêté ma première bougie en juin 2000, je me suis donc pour aujourd’hui en voie de rétablissement, confiante et abstinente.

Je vais régulièrement en réunion car je me méfie de cette maladie. Je sais qu’aujourd’hui je peux m’appuyer sur le groupe, j’ai des amis OA « Super », je sais que si je ne pouvais plus me rendre à ces réunions le groupe lui continuerait d’exister, c’est pour moi un grand soulagement. La porte, cela fait des mois que ce n’est pas moi qui l’ai ouverte. Nous avons changé de local, maintenant, il est plus grand, plus accueillant et surtout plus facile à trouver.

Je voulais écrire ce témoignage pour que toutes celles et ceux qui souffrent de problèmes de nourriture comme moi sachent qu’il existe des groupes AA qui ouvrent leurs portes. Et que malgré des passages difficiles un groupe OA peu s’ouvrir près de chez soi. Je voulais dire que « lentement ça se fait » et que je vais bien grâce aux réunions. Je voulais dire aussi que je ne me souviens pas de tout mais que j’ai écris ce témoignage avec sincérité pour partager mon expérience et aider d’autres OA. Je voulais remercier les amis OA qui m’ont permis d’ouvrir le groupe et qui ont fait tant de kilomètres pour qu’il existe. Remercier tous ceux qui sont passés, tous ceux qui restent et qui viennent régulièrement en réunion et qui me permettent d’aller bien aujourd’hui.

Merci. MERCI à vous de m’avoir lu.


la bouchée de trop, celle qui fait que mille ne suffisent pas

30 octobre 2004

 

 

témoignage de Martine

Étonnament difficile que cette démarche rétrospective de témoignage ! Il m’a fallu un effort de mémoire et de logique pour retracer les quelques années qui sont derrière moi, comme si je venais de marcher sur une ligne perpendiculaire à celle du temps, comme si, après avoir quitté une adolescente, je la retrouvais et réglais ses doutes après une nuit agitée, après un cauchemar, après l’enfer qui m’a rendu adulte.

J’ai finalement réussi. Cela donne ceci : ma logique est de livrer, comme ils me viennent, tous les éléments qui ont eu un sens dans ma maladie et mon rétablissement.

J’ai eu une enfance où je jouais entre mes parents un rôle de médiateur, de réconciliation, d’écoute, un rôle d’adulte face à des adultes qui ne l’étaient pas vraiment. Le climat était tension, peur, violence (physique au début, verbale et morale toujours). Je trouve dans ce rôle que l’on me donne un sens à ma vie : je suis là pour eux, je dois leur plaire, faire ce qu’il attendent, être eux (penser pour et par eux) . Être à la hauteur, toujours, voilà ce qui m’obsède. Bien sûr je suis seule, mais, moi, j’ai un rôle : qu’ils restent ensemble, que nous soyons toujours une famille !

Tout va ainsi jusqu’ en 1992. J’ai 15 ans, je suis en seconde et Marie ma petite sœur vient de naître. Ceci a été le premier choc : non, là, ils n’ont pas eu besoin de moi ! Pire, ils sont allés contre mes projets. Jusque là, j’avais tout maîtrisé : tout et tout le monde. Là non ! Mais je continue…

En seconde, donc, je rencontre une jeune femme, professeur de philosophie, grande, belle, très intelligente. Nous devenons les meilleures amies du monde. Ce ne sera que bien plus tard que je mettrai des mots sur mes sentiments : elle a été la première de qui je sois vraiment amoureuse. Nous passons un an de parfaite complicité… jusqu’à ce quelle parte…sa vie l’appelait ailleurs…(je connaissais d’ailleurs toujours ses projets, mais refusais de les voir !)

D’un seul coup je me suis retrouvée seule…abandonnée… Qu’est-ce qui me manquait, que n’avais-je pas su faire ?

En 1994 j’ai 17 ans, je suis en terminale et je tombe dans l’anorexie après une visite chez le médecin. Il m’avait brutalement fait cette remarque, à moi qui faisait alors 58kgs :  » Il va falloir penser à perdre un peu là ! « …

Quelques mois après et 20kgs de moins, je rencontre une fille de mon âge qui me pousse dans mes interrogations sur mon corps, la sexualité, l’amour, la solitude, mon rôle… Je durcis encore l’anorexie. Après le Bac, je commence une fac de philosophie. Là, le système ne me correspond pas et, déjà malade, encore plus seule, je commence la boulimie, de mai 96 à avril 97. Après avoir dépensé environ 30 000F en nourriture et contracté un prêt, je rentre dans une clinique psychiatrique pour trois mois.

Pour ce qui est de la nourriture, j’avais mangé et vomi jusqu’à n’en plus finir pendant des journées entières, de tout et n’importe quoi, du très gras, du très sucré, du chaud, du froid…

Pour ce qui est de l’aspect psychologique, j’étais passée dans les cabinets de divers thérapeutes : psychologue, psychiatres, endocrinologue. A la clinique, j’ai arrêté les crises de boulimie et adopté un système alimentaire calculé (certains aliments seulement). Personne ne m’aiguillait sur ce plan. Là je suis aussi  » sortie  » avec un homme, semblant de normalité qui me faisait penser que tout allait pour le mieux !

Après cet épisode ma nourriture était uniquement constituée de boîtes de conserves, ce que mon père a pu supporter jusque en novembre, parce que je vivais chez mes parents. Le 11 novembre, après une crise familiale, j’ai pris une  » chambre chez l’habitant « . Ca a été pendant un temps jusqu’au jour où il y a eu  » la bouchée de trop « , celle qui fait que « mille ne suffisent pas » et je suis retombée dans la boulimie : une crise de temps en temps, puis tous les jours et à n’en plus finir. Un jour, j’ai téléphoné à mes parents. Ils sont venus me chercher et je ne suis plus retournée dans cette chambre.

Je ne savais vraiment plus du tout quoi faire, je dormais mal, j’étais pleine d’angoisses et, au détour d’un journal, j’ai découvert les OA de St Brieuc . Un mois après, j’étais à la première réunion de Rennes où j’ai clairement dit que si ma solution n’était pas là, elle n’était pas. Le 14 mars, après une colère noire de mon père, j’ai pris la décision de faire un crise de boulimie (je ne me suis pas laissée submerger par elle comme d’habitude), malgré mon désir exprimé à ma mère d’essayer de ne plus en faire. J’ai pris les aliments devant ma mère. Elle m’a dit  » je croyais que tu essayais de ne plus en faire… « . J’ai répondu :  » oui, c’est vrai, mais là, je n’y arrive pas « . Elle s’est assise et m’a regardé faire, avec amour, en me parlant d’autre chose. Ce jour là, c’était ma dernière crise. Par la suite, j’ai commencé à manger des biscuits, les mêmes à chaque repas, puis, au fil du temps et avec beaucoup de patience, j’ai varié les aliments en me faisant de petits plaisirs.

Aujourd’hui, grâce aux OA et aussi aux ACA (Enfants adultes de familles dysfonctionnelles anonymes), avec qui je creuse ma personnalité, je vais bien et de mieux en mieux chaque jour. De la solitude, je suis passée à une phase de désir de rencontrer des gens, puis à une autre où je suis allée en rencontrer, dans les réunions et en dehors.

Aujourd’hui aussi j’essaie de m’écouter, de m’accepter, de me faire plaisir, de prendre mon temps. Etre attentive à moi et me respecter, voilà ce qui me fait aller bien, être bien dans ma peau (plus de question de poids, de regard extérieur), bien dans ma tête (moins de culpabilité par rapport à ce que je fais, ne fais pas, pense, plus de jugement par rapport à ma sexualité, envie de relations, envie de mettre des limites..), et bien dans mon assiette…

C’est bon la vie ! Je crois que pour que ça marche avec les OA, il faut être au bout de soi-même et être prêt à souffrir un peu, le temps du sevrage, pour aller mieux . Or, pour arriver à faire cela, il faut faire confiance à ceux qui sont déjà là et qui vous disent que ça vaut le coup. Je peux le dire, ça vaut le coup ! Oh oui !


J’avais la possibilité d’assister aux réunions des Alcooliques Anonymes

1er octobre 2004

Je m’appelle Chantal et j’ai quarante-trois ans. J’ai grandi dans une famille entièrement régentée par ma grand-mère paternelle, qui était une femme autoritaire. Mes parents n’avaient pas la possibilité de discuter ses décisions, puisqu’ils habitaient chez elle. J’ai connu les interdits les plus divers : de chanter, de siffler, d’écouter la radio. On me disait : « tais-toi, il faut que, tu dois ». J’ai grandi sans partager ce que je ressentais.

La nourriture a commencé à me poser des problèmes à l’age de seize ans. Je compensais par la nourriture, et à partir de cet âge j’ai commencé à me battre contre elle. A force de volonté, j’ai réussi à ne pas prendre trop de poids ou du moins à rattraper les excès de poids par des mois de régime. A trente deux ans, mon jeune frère s’est tué en voiture et la même année je me suis séparée de mon mari. Ces deux chocs émotionnels m’ayant ébranlée, je me suis réfugiée dans la nourriture, essentiellement le soir. Je mangeais puis j’allais dormir. J’avais conscience de ce problème, mais je pensais qu’avec le temps cela s’arrangerait. Progressivement, je me rétablissais de ces deux chocs, et, en sens inverse, la nourriture envahissait ma vie. Elle était présente à chaque moment de solitude, et, progressivement, perturbait ma vie affective avec mon fils, ma vie professionnelle . Le mauvais sommeil après les crises de boulimie m’obligeait à des efforts de volonté continuels pour faire face à la réalité. J’ai alors commencé à interroger les médecins. Aucune amélioration n’a été trouvée. J’ai consulté des psys, cela m’a aidé, mais pas dans mes crises alimentaires.

Après huit ans de cet enfer j’ai, par hasard, un jour rencontré une OA de Paris. J’ai écrit et on m’a répondu qu’il n’existait pas de groupe en Bretagne, mais que j’avais la possibilité d’assister aux réunions ouvertes des AA (Alcooliques Anonymes). Avec l’image que j’avais d’eux, il me fut vraiment difficile de les appeler. Après deux mois de galère, sentant que je n’en pouvais plus, j’ai appelé les AA et j’ai demandé si je pouvais assister à une réunion ouverte. La réponse fut positive. Il fallait alors franchir le pas, aller en réunion. Je me suis dis qu’au pire je recevrais un « non », et que je rentrerais chez moi.

J’ai été très bien accueillie, même si j’avais du mal à expliquer mon problème et si eux avaient aussi bien du mal à me comprendre. Mais j’y ai trouvé de l’amour, de la compréhension et de la gentillesse. J’ai trouvé des personnes qui fonctionnaient comme moi, qui avaient des problèmes et qui trouvaient des solutions. Je me suis identifiée à eux et j’ai alors demandé quand je pourrais revenir. Je suis revenue régulièrement. J’ai commencé à accepter : « que je suis boulimique », et j’ai commencé à travailler les douze étapes.

Mais j’avais besoin de m’identifier avec d’autres personnes boulimiques. J’ai été contactée par une personne boulimique de ma ville et nous avons décidé d’ouvrir un groupe OA. Nous avons demandé de l’aide aux AA, qui ont accepté de nous parrainer. Cette aide a été et est présente dans le groupe chaque fois que nous en avons besoin. Aide précieuse d’amis dans le rétablissement, et qui sont abstinents. L’abstinence, je la voulais. Elle a été longue à venir (deux ans), et elle est venue lorsque j’ai essayé d’aller bien, en cessant de me focaliser sur la nourriture. Je fête aujourd’hui ma deuxième bougie d’abstinence et je vais bien. Notre groupe fonctionne bien, je ne suis plus seule, je partage avec des amis AA, Alanon, OA.

Je n’oublie pas que je suis boulimique, fragile et sensible pour conserver mon abstinence et pour progresser en sobriété émotionnelle, un jour à la fois.

Merci OA, AA et Alanon.


Je suis anorexique. Je me suis regardée dans ma glace c’était l’horreur

1er octobre 2004

Bonjours les amis,

Je m’appelle Natalia, j’ai trente deux ans et je suis anorexique. Les questions que je n’arrête pas de me poser : Pourquoi et comment en suis-je arrivée là ? (1m70 et descendu jusqu’à 34kg). Je n’avais plus qu’une envie prendre ma voiture et m’éclater dans le premier mur venu.

Mon parcours : à 14 ans, les médecins m’ont découvert une maladie soi disant mortelle, je ne verrais pas mes vingt ans. J’ai suivi un traitement très lourd et le résultat a été que j’ai pris 20 kg en un mois alors que je ne mangeais pratiquement plus. Au bout de 6 ans, j’ai arrêté le traitement et ai perdu mes kilos. Enfin j’étais et me sentais bien dans mon corps. À 22 ans mon mari et moi avons voulu un enfant, mais j’étais stérile il me fallait un traitement hormonal très lourd. À 30 ans j’étais enceinte. À six mois de grossesse j’ai contracté une nouvelle maladie soi disant mortelle. Mon fils et moi étions condamnés. Après une hospitalisation de quelques mois mon fils et moi sommes rentrés à la maison. Mon fils n’a aucune séquelle, ni par rapport à ma maladie, ni par rapport à sa prématurité (1,04kg).

En sortant de la maternité je ne mangeais plus beaucoup. La nourriture me dégoûtait et me faisait vomir. Plus le temps passait moins j’avais faim, plus je restreignais la diversité et la quantité des aliments que j’ingurgitais, jusqu’au jour où je ne mangeais plus qu’une demi-tomate par jour. Paradoxalement j’avais une hyper activité physique (jogging 20km par jour + jardinage + bricolage) je ne dormais plus qu’une heure par nuit. J’étais euphorique. Tout allait bien jusqu’au jour où je me suis réveillée le ressort cassé. Je me suis regardée dans ma glace c’était l’horreur.

J’ai passé 2 jours à pleurer. A ce moment-là mon petit mari a trouvé sur Internet les OA. Il m’en a parlé, il s’est renseigné et nous avons été ensemble à une réunion. Grâce à l’accueil que j’y ai reçu, je suis toujours en vie. Et miracle, j’ai un espoir de m’en sortir. Je remercie tous mes amis OA qui m’ont sauvé la vie. Ils ont été et sont les seuls, lors du partage, à comprendre mes douleurs physiques et morales. Je ne suis plus seule, une espèce de monstre à part. Nous sommes ensemble à nous entraider. J’ai une famille merveilleuse et des amis OA formidables.

Merci pour tout et à tous pour tous ces cadeaux.


La bouffe servait à anesthésier mes peurs

1er octobre 2004

 

 

témoignage d’Aurélie

J’ai 43 ans. Ma famille était composée d’un père, d’une mère et de 3 enfants. Je suis la 3ème fille. Je suis née dans une famille à problèmes ce que j’ai longtemps considéré comme normal. Je n’imaginais pas qu’une famille puisse être un lieu calme d’échanges avec des gens heureux de se retrouver ensemble. Dans ma famille, « famille » voulait dire « drames » (au pluriel).

L’alcoolisme de mon père était le noyau centralisateur sur lequel la focalisation familiale était totale. 4 Femmes autour de lui essayaient de faire avec.

La réalité (scènes, violence) m’était douloureuse. Pour y échapper j’ai commencé à faire semblant : mon corps était là mais pas moi. J’étais absente, je partais dans mes rêves. Pour m’aider j’ai trouvé un remède qui agissait comme un baume : la nourriture. La bouffe servait à anesthésier mes peurs, mes hontes, mon mépris, mon chagrin. Elle servait aussi à nier le plaisir d’être avec mon père, de lui exprimer de l’affection. Je n’ai pas pu établir un contact physique distancié avec lui. Ses comportements instables et fantasques m’effrayaient et entretenaient mes fantasmes incestueux : Relation ambiguë basée sur la méfiance.

La protection par la nourriture a été un réflexe instinctif. Mettre des couches de graisse et de non-vie pour préserver ce qui était tapi au fond de moi et qui justement était l’étincelle de vie. Née prédisposée à la boulimie j’ai pu m’adonner facilement à ma dépendance sans trop de culpabilité grâce à l’accord de ma mère. Elle avait elle-même une relation trouble à la nourriture et nous nous retrouvions fusionnellement par ce lien. Elle tenait un commerce alimentaire et je m’épanouissais à ma démesure et pour son plaisir dans sa caverne d’Ali Baba.

J’avais beaucoup d’amies. J’achetais ma relation aux autres. Enfant j’avais des bonbons dans les poches et mes poches étaient sans fond. Adolescente je puisais avec habileté dans le tiroir-caisse de ma mère : disposer d’argent est pratique pour créer un personnage.

Tout a commencé à devenir insupportable vers la fin de mon adolescence où j’ai ressenti physiquement une asphyxie : la non-vie finit par la mort. Or j’étais rappelée à la vie par les biais de ma sexualité. J’étais mal dans mon corps de grosse mais j’avais des désirs. Cependant je m’arrangeais pour tomber amoureuse de garçons qui ne l’étaient pas de moi (j’adorais compliquer les choses).

Je me suis enfuie de chez mes parents en laissant une lettre et en emportant des tonnes de culpabilité. Persuadée que mes parents allaient s’entretuer puisque je n’étais plus là pour tempérer leur relation, je me croyais toute puissante et j’étais très paumée. Trop vite mon angoisse a été calmée par ma rencontre avec un homme. Sa façon de faire l’amour était différente de celle des autres. J’étais surprise et intéressée. Quelqu’un m’aimait, me le disait, me le montrait. J’avais besoin d’y croire malgré une toute petite voix intérieure me soufflant que peut-être je me racontais des histoires.

Je cherchais trop à poser mes valises, à être prise en charge pour accepter de m’entendre et me faire confiance.

Je me suis imposée une mission : prouver à ma famille et à moi-même que le couple était possible. Je me suis appliquée dans le « faire ».

L’homme était bon (il l’est encore) et souhaitait sincèrement trouver un équilibre familial. Donc j’ai joué le jeu. Je me suis appliquée des règles de bonne conduite avec raideur et conformisme.

La construction tenait la route : j’avais un travail, un compagnon, deux beaux enfants, une maison, de l’argent en quantité suffisante, des loisirs : belle fabrication d’images. J’étais la première dans l’histoire à y croire. De plus, pour me rassurer j’avais aussi l’approbation de mon entourage : Tu as tout pour être heureuse.

Cependant mon mal-être était insidieux et diffus : il se distillait de façon ténue mais tenace. Ma relation à la nourriture était un vrai paradoxe : D’une part mon besoin de bouffer en continu (non-stop) me rappelait que quelque chose était anormal en moi, d’autre part seule la nourriture était capable de faire taire mon malaise. J’ai eu des périodes obsessionnelles qui m’envahissaient dès le réveil. Je commençais à avoir peur de me lever puisque « çà » m’envoyait au placard. Quand je réussissais à me détacher de ce foutu placard, c’était au prix d’efforts immenses et de dépenses d’énergie plus, plus, plus. Je m’alourdissais dans mon corps et dans ma tête. Je n’en sortais pas. Merde.

Tout cela jusqu’au jour où j’ai eu connaissance du mouvement par un article de journal.

L’information résumait ma dépendance :

- Besoin irrésistible de manger de façon déraisonnable.
- Etre dominé par la nourriture.
- Manger sans avoir faim.
- Avoir un comportement alimentaire affectant la façon de vivre au quotidien.

En lisant l’article j’ai tremblé de surprise. Je me souviens avoir déchiré maladroitement la partie du journal et m’être dit « Comme c’est çà ! » . Je n’ai pas hésité trop longuement (une dizaine de jours quand même) et je suis allée en réunion O.A. J’y reviens depuis 3 ans par nécessité et pour structurer mon bien-être.

Que m’a offert 0.A et que m’offre 0.A aujourd’hui ?

J’ai ressenti d’abord que j’étais arrivée dans un lieu où des gens parlaient comme je voulais être entendue.

J’ai aimé l’expression directe et sans éclat des amis, leur façon d’aller à l’essentiel. Ma sincérité a été pulvérisée par l’honnêteté tranquille de ceux qui la pratiquaient. C’était bouleversant.

Une révolution intérieure m’a amené à l’action de façon méthodique et nécessaire.L’action est inévitable si je suis dans l’honnêteté rigoureuse. Mon bien-être est la conséquence et non la récompense.

Bien entendu cela ne s’est pas passé de façon magique et, encore aujourd’hui, je suis foncièrement rebelle et paresseuse. J’ai donc dans le programme commencé par beaucoup tergiverser. J’ai essayé de m’arranger, de louvoyer, de m’accorder des demi-mesures. Cela ne marche pas.

Je commence aujourd’hui à bien vouloir accepter et cela ouvre plein de portes. Je ne suis pas obligée de continuer mes comportements de rébellion et de paresse si ça me dérange. Je suis capable de reconnaître mes sensations, mes émotions, mes sentiments, mes comportements.

Ensuite, j’essaie de faire des choix. Tout est possible dans le programme, même de retourner d’où je viens si je l’oublie.

J’essaie de vivre ici et maintenant et si je n’y arrive pas, j’essaie à nouveau. Sans jugement. Je commence à m’appuyer sur une puissance bienveillante à moi-même. Merci à elle d’avoir toujours été là, même quand moi je n’y étais pas et de se révéler au moment où je suis prête, c’est-à-dire maintenant.


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