Ensemble, un jour à la fois, pour se rétablir de la compulsion alimentaire

« Ensemble, un jour à la fois » | Témoignage sur la force des partages et du soutien chez OA

Une membre OA, boulimique vomisseuse, nous partage son parcours de rétablissement. Les groupes de parole sur la boulimie et les autres troubles du comportement alimentaire l’ont sauvée. Après la maladie de la honte et du silence, elle a pu enfin revivre. Le groupe la soutient, les réunions la soulagent, un jour à la fois. Ensemble, les OA se rétablissent. Découvrez l’histoire de l’une de nous.

Partage issu du Congrès OA France 2020, avec le thème : « Ensemble, un jour à la fois ». Les paroles que vous entendez/lisez sont strictement celles de la personne qui les a exprimées. Elles ne représentent pas OA dans son ensemble.

Suivez ce lien pour trouver des réunions de partage OA – en France, en Belgique, en Suisse et en ligne.

De multiples addictions, une solution : le programme et ses groupes de parole

Bonjour à tous et toutes, je suis boulimique vomisseuse. Je suis très contente de partager auprès de vous aujourd’hui.

Un thème pour résumer le programme OA

« Ensemble, un jour à la fois ». Je trouve ce thème très beau, bien choisi. Il me parle énormément. J’essaye de trouver à quelles Étapes ça fait écho… Mais, je me dis, à toutes !

Je ne savais pas par quel bout du programme de rétablissement commencer, donc je vais commencer par partager mon histoire. Je trouve que ce thème résume bien ce qu’est OA pour moi et ce qui a marché.

L’arrivée dans la fraternité

Je suis arrivée chez les Outremangeurs Anonymes il y a environ 5 ans. Cela faisait quelques mois que j’étais dans un autre programme en 12 Étapes, chez les Alcooliques Anonymes. Évidemment, comme à chaque fois que j’arrêtais de boire, les crises alimentaires étaient horribles. Du coup, je ne parlais que de bouffe !

Donc quelqu’un m’a dit « tu sais, il y a une association qui s’appelle les Outremangeurs Anonymes ». Je me suis dit « les quoi ? 😅 »

En fait, j’y ai été la semaine d’après.

Depuis, je n’ai plus jamais décollé.

Un groupe où les boulimiques et mangeurs compulsifs se sentent à leur place

Les compulsions alimentaires : maladie du silence et de la honte

Vraiment, le « ensemble » et « ici on parle OA », tout de suite ça m’a parlé. Je me suis tellement sentie seule avec cette maladie…

J’ai vite senti que j’avais trouvé ma place ici, dans ce groupe de parole sur la boulimie.

Plus que les autres problèmes de dépendance, la nourriture est pour moi une maladie que j’ai vécue dans le silence, dans la honte. Qui me coupait des autres et de moi-même.

D’une certaine manière, c’était volontaire de me couper des autres avec la nourriture. Je savais que ça marchait. Ça me coupait de mes émotions en fait. Beaucoup plus que mes autres addictions, qui me permettaient plutôt de fonctionner à l’extérieur.

Boulimie et vomissements : quand la bouffe prend toute la place

La bouffe, les crises, les vomissements… J’avais l’impression à la fois de contrôler quelque chose – j’essayais de contrôler mon poids – et à la fois d’avoir un méga sas de décompression.

Sauf que c’était complètement illusoire. Parce que je pensais à la nourriture tout le temps.

Il ne fallait surtout pas que je mange entre mes crises, sinon j’allais absolument devoir trouver un endroit pour vomir. Ma maladie a vraiment pris des proportions pas possibles.

Quand je suis arrivée en OA, je ne savais plus du tout ce que c’était de faire un repas et de le garder. Je ne comprenais pas du tout comment les gens faisaient !

Une course sans fin vers la minceur

J’étais en lutte perpétuelle avec un délire de minceur…

Pourtant, quand je mincissais, ça ne résolvait rien en fait. Je n’allais pas mieux.

Et je me disais toujours : « aller, encore 3 kg. Comme ça, si je regrossis, j’ai 3 kg d’avance. » Ça n’en finissait pas !

J’ai une scène très précise en tête. Je me rappelle dans le métro, d’une nana assez ronde qui parlait avec sa copine. Elle avait l’air… J’en sais rien, mais à ce moment-là c’est ce qu’elle dégageait :

Elle avait l’air bien dans sa peau. Et je l’ai enviée.

Des groupes de partages entre boulimiques et outremangeurs : un lieu où l’on est enfin compris

D’autres solutions aux addictions avant OA

J’ai cherché des solutions avant OA. J’ai rencontré une association, j’avais un psy, etc.

Et j’ai eu la chance de toujours garder un lien bienveillant avec ma mère. Même si à des moments ça a été compliqué. Au moment où vraiment tout partait en c**ille, dans tous les domaines de ma vie, on gardait beaucoup de dialogue. On a choisi ensemble un lieu. Mais l’alcool se voyait plus en fait.

La boulimie, maladie invisible et incomprise

Car, à aucun moment je ne suis tombée dans une anorexie au dernier degré. J’ai été très mince, mais je n’ai jamais été très maigre. Et comme j’étais boulimique vomisseuse, je n’ai jamais été très grosse.

Du coup, il y avait cette maladie qui ne se voyait pas. Ou bien les gens n’osaient pas m’en parler, je ne sais pas.

Mais la boulimie restait invisible.

Alors que mes autres addictions se voyaient vachement. J’avais aussi beaucoup moins de complexes à en parler.

La nourriture c’était vraiment… La maladie du silence.

Mon psy ne comprenait pas trop. C’était un addictologue, il essayait de m’aider… Mais je sentais un mur d’incompréhension quand j’essayais d’en parler. Que ce soit avec des médecins ou avec mon entourage.

Un lieu pour parler de sa boulimie

Aujourd’hui encore, il y a parfois un mur d’incompréhension. Mais, aujourd’hui, je sais où parler de boulimie, de ma relation à la nourriture. Je sais où être comprise et entendue. Je n’ai plus besoin que les gens de l’extérieur comprennent.

Même quand j’ai des habitudes un peu cheloues avec la nourriture. Genre à un repas, dire « non je ne mange pas ça, je ne mange pas ça ». Quand je vais à un dîner où il y a plein de monde, je rapporte des légumes parce que j’ai toujours peur qu’il n’y en ait pas assez.

Et en fait, je m’en fous que les gens disent quoi que ce soit. Moi, je sais que c’est bon pour moi. Et s’ils ne comprennent pas… J’ai pas besoin qu’ils comprennent en fait. Grâce à OA.

Plus qu’un groupe de parole sur la boulimie… Des ami.e.s qui sauvent

Un espace pour tout partager sur les compulsions alimentaires

Ça, c’est possible aujourd’hui car quand je suis arrivée chez les Outremangeurs Anonymes… Waouh ! D’entendre les partages d’autres membres. Mais aussi, pouvoir raconter les pires trucs que j’avais pu faire !

Genre vomir dans les sacs-poubelles. J’ai même vomi par la fenêtre d’un immeuble un jour, enfin c’était une catastrophe ! L’obsession de la nourriture permanente.

Chez OA, j’ai été hyper bien accueillie.

Le service, outil de rétablissement… Et d’intégration !

Pourtant, j’ai un côté un peu sauvage. Donc quand je suis arrivée dans les associations, j’ai eu un peu de mal avec le « ensemble ».

Même si je le ressentais… J’étais quand même dans la fuite. Moi, j’ai peur des gens, voilà je suis comme ça. Du coup, je craignais un peu d’être avec les autres. Un outil qui m’a aidée, c’est le service.

Très très rapidement, j’ai pris du service dans le groupe du vendredi soir. Ça me permettait d’être avec les autres juste assez pour créer du lien, sans trop m’impliquer émotionnellement. Ça me permettait de créer de la discussion. Ça m’a vraiment aidée à m’intégrer dans le groupe, à nouer des relations avec des personnes qui avaient un objectif commun : se rétablir des compulsions alimentaires.

Je me suis beaucoup impliquée dans le service. Je viens d’une fraternité où il y a beaucoup plus de monde. Quand je suis arrivée chez les OA, j’ai eu peur que les groupes ferment ! Ma terreur c’était « mais comment je vais faire dans ma vie si les groupes OA ferment ? » Donc, tout de suite, j’ai pris du service — j’en ai d’ailleurs toujours eu dans OA.

Ce thème, « ensemble », c’est vraiment un soutien que j’ai ressenti très fort tout de suite, même sans vraiment m’impliquer.

Les réunions de partage entre mangeurs compulsifs : un outil de rétablissement parmi d’autres

« Un jour à la fois », un des mantras de rétablissement de la boulimie

Le « Un jour à la fois », je l’entendais dans mon programme de base, mais je ne le comprenais pas. Je ne le comprenais pas, parce que je n’avais pas eu besoin de travailler cette notion des 24 h. Tandis que pour les repas, avec la nourriture…

Ça me semblait surréaliste de réussir à manger 3 fois par jour sans faire de crise en fait. Donc, là-dessus, le « Un jour à la fois » m’a beaucoup aidée.

L’engagement auprès des membres

Au bout de quelques mois du programme, j’ai réussi à m’engager auprès d’une membre en lui disant « je m’engage, juste pour aujourd’hui, à ne pas acheter d’aliments à crise, ne pas me faire vomir, ne pas voler de nourriture, faire 3 repas et un snack si besoin ». Alors, j’avais une liste beaucoup plus exhaustive parce que ça me permettait de bien cadrer.

Ça a marché un temps, mais pas super longtemps.

Parce qu’au début, j’ai vraiment pris ce qui me convenait et laissé le reste… Mais j’ai laissé beaucoup de choses.

Le programme en 12 Étapes pour trouver l’abstinence

Au bout d’un moment, ça n’a plus trop marché. Donc là, je me suis dit « OK, j’ai plein de boulot. En fait, il y a plein d’outils de rétablissement à part les réunions, le service et le téléphone ». Là j’ai commencé à travailler mes Étapes, j’ai pris une marraine. Et j’ai accroché une abstinence un peu plus continue — de plus de 48 h, car je n’arrivais pas à tenir plus de 3 jours.

Mais c’était une abstinence ou j’étais énormément dans le contrôle. Je mangeais, mais pas beaucoup. Moi, ça me paraissait énorme : car ça faisait des années que je n’avais pas gardé un repas ! Je me disais « si je mange une bouchée en plus, je me fais vomir ».

Sauf que c’était tellement rigide que je me suis cassé la gueule. J’ai mis plusieurs mois avant de retrouver une abstinence. Que j’ai toujours aujourd’hui d’ailleurs : ça fera 4 ans en août 2020. Et ça, c’est juste… C’est incroyable.

La force du groupe : clé de rétablissement des crises boulimiques

Le groupe : une force supérieure à nous-mêmes

Pour moi, c’est vraiment la force du groupe qui m’a permis de trouver l’abstinence.

Et c’est aussi ça que m’évoque ce thème : c’est la 2e Étape.

La 1re Étape, pour moi c’est « OK, je suis vaincue. Franchement, je peux essayer de me battre, mais de toute façon à chaque fois je me fais niquer je perds tout le temps. Toute seule je n’y arrive pas. »

Puis, la 2e Étape : « Nous en sommes venus à croire qu’une force supérieure à nous-même pouvait nous rendre la raison. »

C’est vraiment dans le groupe que j’ai trouvé la force, l’espoir.

L’espoir des partages d’autres membres rétablies

Je me rappelle de témoignages d’amis qui sont encore là aujourd’hui, en OA… Je me suis dit « Vu ce qu’elles racontent de la maladie et vu où elles en sont aujourd’hui dans leur rétablissement, ben vas-y, je reste et je veux ça ! »

Cette notion de « ensemble », pour moi je la ressens vraiment très fort. Comme je ne la ressens dans aucun autre cadre.

D’ailleurs, je trouve que l’introduction du 12/12 [Les 12 Étapes et les 12 Traditions des Outremangeurs Anonymes] résume assez bien l’importance du groupe.

« Chez les outremangeurs anonymes, nous avons trouvé une association qui nous aide à nous sortir de notre maladie : la compulsion alimentaire. […] Dans nos groupes, le miracle s’opère grâce aux partages et à l’amour. Nous sommes doublement liés les uns aux autres. Nous avons d’abord en commun notre maladie, la compulsion alimentaire. Et ensuite, la solution que chacun de nous trouve en vivant conformément aux 12 Étapes. »

Je trouve ça génial de me dire que je peux confier tout ça à des personnes – pour certaines qui sont devenues des amies d’ailleurs – que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam. Je trouve ça merveilleux de pouvoir aussi accueillir les autres, de pouvoir retransmettre…

La transmission du message pour permettre à tous les boulimiques de trouver OA

J’ai tellement eu l’impression de galérer à trouver une solution à mes crises de boulimie – et pourtant j’avais l’impression de chercher ! – que pour moi c’est hyper important la transmission du message. C’est important d’aider les personnes qui arrivent dans la fraternité.

Je souhaite vraiment à toutes les personnes qui ont des troubles alimentaires de trouver OA.

Je suis très heureuse d’être parmi vous.

L’abstinence des compulsions alimentaires : vivre, enfin

Une boussole : l’abstinence, un jour à la fois

Le mantra « Un jour à la fois » m’aide beaucoup pour garder mon abstinence. Parce qu’il y a des moments où la pression revient : je suis quelqu’un d’extrêmement perfectionniste et exigeante. Et il y a des moments ou je perds ma boussole.

Je me souviens de ma première marraine qui m’a vraiment fait rentrer ça dans le crâne :

Ma boussole c’est l’abstinence ! C’est ce qu’il y a de plus important dans ma vie.
Parce que si je n’ai pas ça, je ne peux pas avoir le reste.

Vivre grâce à l’abstinence et grâce aux amis OA

Aujourd’hui, ce n’est pas toujours facile.

En fait, ce n’est pas vraiment plus facile la vie dans l’abstinence. Mais au moins, je vis !

C’est ça qui est fou.

Et aujourd’hui, si j’ai le moindre souci, j’appelle mes ami.e.s – enfin pas que mes ami.e.s d’ailleurs, mais j’ai mes contacts habituels. J’ai je ne sais pas combien de numéros de téléphone dans mon répertoire que je peux appeler juste parce que j’ai un pet de travers. Comme ça, je n’irais pas bouffer dessus. Pour moi, c’est vraiment soulageant !

Par exemple quand je pars en vacances au cas où je casse mon téléphone, j’ai une liste écrite de tous les numéros de téléphone OA de mon répertoire. Comme ça, je ne pars pas seule !

C’est vraiment essentiel.


Il y a des moments où je perds le Nord sur ma boussole. Mais il y a toujours un ou une ami.e OA qui sera là pour m’aider à remettre les choses en perspective, à sortir de ma tronche. Et s’il faut que j’appelle 10 personnes de suite, je le fais. Et il y a un moment où ça lâche. Pour moi, c’est ça vraiment la magie du programme : le groupe. D’avoir pu recevoir autant, et de pouvoir rendre aussi… Moi, je suis convaincue de la force du programme.

Merci pour ce thème « Ensemble, un jour à la fois », que je trouve vraiment très beau et représentatif de l’état d’esprit OA.

Merci beaucoup d’avoir lu ce témoignage de rétablissement. Pour découvrir la force du groupe, trouvez une réunion près de chez vous et rejoignez un groupe de parole OA sur la boulimie. Venez : ça marche.

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